Peu après que sa vue revint en trois dimensions, Rose eus ces fameux visiteurs. C’était en début d’après-midi. La réincarnée ignorai alors que cette adolescente d’un mètre quatre-vingt, anormalement maigre, vêtue des scrubs pour les patients était sa génitrice. Son visage était étrangement tuméfié. Des boules se formaient sur son ventre et ses cuisses squelettiques. Des abcès peut-être ? Ou des cystes. Ses cheveux étaient ras, et ses yeux affamés.
Il lui fallut dix bonnes minutes pour la reconnaître. La française eus le temps d’être emmenée dans sa chambre. Dans son ancienne vie, sa mère était plus vieille, plus acariâtre et moins pathétique. Antoinette Rosso, l’horrible matriarche de son ancienne vie. Une fois que Rose l’a reconnu, elle sentit mon cœur s’emballer. La réincarnée en fut agacée, énervée de sa propre faiblesse. Quand l’adulte rajeunie voyait cette adolescente, la française se sentais nauséeuse, parce que tout devenait trop réel. Ça lui arrivait. Ça lui arrivait à elle. Oui, certes, c’était idiot, mais vrai.
Sa visite fut écourtée à cause de son immense stress, qui influa sur son corps.
La prématurée resta encore quelques mois dans cet hôpital. A force de proximité, elle fut peu à peu introduite dans l’environnement de la jeune mère. Au contact de sa génitrice, l’humeur de Frédéric se fit beaucoup plus sombre. Le saphir bleu de l’inquiétude le dévorait.
La fugueuse était étrange. Premièrement, l’enfant possédait de nombreuses bouteilles en plastiques vide dans de nombreux sacs. L’enfant les remplissaient petit à petit avec l’eau de la carafe servi le midi. C’était stupide, les sources d’eau potable gratuite, on en trouvait facilement. Deuxièmement, l’attitude des infirmiers. D’un côté, les professionnels de santé l’ignoraient totalement, de l’autre, ils apportaient de nombreuses conserves et autres plats. La réincarnée était une habituée des hôpitaux, rares étaient les infirmiers à payer de leurs poches des conserves et du matériel. De plus, leurs supérieurs étaient bizarres. Dernièrement, les médecins ici étaient des professionnels du crime. Frédérick aurait été radié de l’ordre des médecins dans son ancien monde.
Son attitude envers la mère était déconcertante. Il l’aidait, mais de manière froide, contrairement à l’enfant.
Actuellement, ce bon monsieur lui prenait du sang avec une seringue énorme. Rose pensait que c’était une excuse. En effet, Frédérick ne faisait quasi-rien pendant ces séances, si ce n’était perdre du temps.
« Vous devriez inventer une seringue plus petite, plus adapté à ma jambe largeur saucisson, ironisa la patiente alors qu’elle observait les papiers déjà signés pour une radio.
—  Tu sais, je me le dis souvent, mais ton cerveau est impressionnant. Ta mère doit être contente d’avoir une surdouée (Rose sourit : la plupart des gens la considérait comme une surdouée, pas comme la réincarnation d’une adulte, et ce, malgré ses efforts pour être prise au sérieux) C’est contrebalancé ceci dit : Il a décidé d’avoir la durée de vie des cordes vocales d’un chanteur métalleux qui fume dix paquets par jour. (Frédérick sembla se fugister intérieurement, avant de dire d’une voix plus aiguë). T’es une grande fille je t’installe un cathéter.
—  Monsieur, vous êtes un renard. Vous êtes fourbe, vous dis-je. Une chanson et des chatouilles avant la pique ? En plus vous m’avez installé quatre mille cathéters à des endroits improbable. Un cathéter central par ma jambe, vraiment ? Ai-je une opération prochainement ? Et puis, à un an ?
— Tu continues surtout de nous faire des frayeurs. Aussi, ne deviens jamais docteur, déjà que j’ai l’impression de parler à un collègue particulièrement critique de mon travail… en plus, t’apprends un peu trop vite, et j’ai pas envie de me retrouver au chômage. »
Rose lui lança un regard qui signifiait : « c’est ça oui, moque-toi, je ne suis pas un médecin et ça se voit. ». Frédérick abandonna sa jambe et tapota son bras droit en-dessous du garrot alors qu’elle ouvrait et refermait son poing. Il semblait distrait, cherchant sans arrêt une veine invisible. Ses commentaires ne l’aidaient pas.
« Pourquoi est-ce qu’il y avait des lampes opératoires dans la salle d’accouchement ?
—  Parce qu’on opérait ta mère. T’étais pas censée être… là, de base. Et comment tu t’en souviens toi ?
—  Alors là, j’en sais rien. C’est comme le patient qui a quitté la chambre voisine, ses parents étaient horribles, mais ils ne comprennent pas l’astuce super astucieuse pour embêter les professionnels de santé.
—  Oula, j’ai peur.
—  La technique, c’est juste de rester et d’emmerder le personnel. A trois heures du matin vous aurez droit à des hurlements. Vous pissez sur le sol et encouragez votre voisin à en faire de même. Bonus si vous avez un sceau que vous remplissez le sceau. Je veux dire, si le patient reste, vous avez du boulot en plus. Ou alors, vous partez sans signer la décharge. Diabolique. »
Le médecin lui lança un regard faussement apeuré.
« Espèce de monstre, tu n’oserais pas. 
—  Moi je vous aime bien et surtout je peux pas signer de décharge.
—  … ne deviens pas médecin et reste en bonne santé. Quand tu seras grande, les hôpitaux craindront ta venue. Deviens présidente, un tel niveau de fourberie à sa place là-bas. »
Rose sourit. Jouer l’enfant était amusant.
« Oui, mais ma peau est un peu trop ébène pour ça.
— Tu sais, légalement, les enfants d’un an ne sont pas autorisés à savoir ce genre de chose. Je suis pratiquement sûr que c’est écrit quelque part…
— Perso, c’était dans mes rêves. J’avais reçu une lettre de la Marianne où c’était écrit. Après, y’a l’Urssaf qui m’a poursuivie parce que je ne parvenais pas à payer mes impôts. Mais ensuite j’ai été sauvée par la carte vitale et j’ai été déclarée inapte à travailler.
— Ah, la Marianne et l’Urssaf. Ouais. Ouais. Encore une chose qu’aucun gosse n’est censé connaître.
— Moi, je l’aime bien. C’est juste que ses papiers sont horribles à remplir.
— Dans ton rêve, tu reçois des aides de lui, évidemment que tu l’aimes.
— Bah, quand j’irai mieux, je paierais, c’est pas grave. Je suis une patriote, que voulez-vous.
— Bref, on a fini, je te ramène.
— Au fait Mr. Pourquoi y’a pas de pédiatre ici ? »
Une fois la visite finie, Rose fut amenée à la chambre de l’adolescente. Celle-ci l’ignora. La réincarnée ne s’en formalisa pas, se couvrant elle-même, avant de s’endormir. L’enfant ignorait que le lendemain, elles ne seraient plus là.
Tout commença avec la porte blindée de la chambre d’Hélène. Pour une étrange raison, le passage était verrouillé et notre protagoniste s’ennuyait. Il était tôt, quatre heures du matin, et la fan de manga eût une idée des plus intéressantes : madame se demanda si ses tuyaux étaient comme des méridiens. Peut-être qu’avec de la concentration, la future héroïne de shônen pouvait donc le « manipuler ». Ses doigts touchèrent la porte et l’enfant essaya de se concentrer. La brume était comme un membre. On devait « juste » le bouger. Personne n’indiquait comment bouger un bras, ou une jambe. Tu le faisais, voilà tout.
La petite main s’enfonça dans la porte blindée. Cette dernière se détacha de ses charnières, avant de se plier sous sa force. L’ouverture principale du logement fut projetée à l’intérieur de la maison à une vitesse impressionnante. Sa course s’arrêta net lorsqu’elle percuta le mur en face, celui-ci laissa échapper un nuage de poussière.
La main était inscrite sur la porte.
Rose ne saurait dire combien de temps elle resta coite, une expression d’horreur pure figée sur le visage. Elle ferma les yeux.
Personne ne saurait. Personne, car c’était une enfant. La pauvre sortit, tremblante, dans le couloir. Petit à petit, un pas après l’autre. Tout le monde était réveillé. A ce moment-là, le clone se saisit de sa progéniture, avant de s’échapper du couloir. Si sa progéniture n’était pas autant sous le choc, elle aurait sans doute pensé que sa donneuse d’œuf devrait signer une décharge. Rose avait oublié que les adolescents fugueurs fuyaient souvent des parents horribles. Hélène était persuadée que les professionnels de santé les avaient prévenus. A vrai dire, les concernés n’avaient prévenu personne, n’étant pas aveugle. Aussi, les portes blindées sans clefs étaient monnaies courante dans des ailes où les patients seraient « violents ». 
Une visite inopinée des pires salauds de France, c’était une bonne raison. Une porte détruite, une occasion. Dommage que la première soit fausse et la seconde inopinée.
Notre duo dépassa un troisième ascenseur. Les hôpitaux avaient cette horrible manie d’avoir des élévateurs spéciaux. Il fallait mémoriser l’ascenseur par lequel tu venais pour retrouver le chemin de la sortie. Si tu en prenais un autre, et choisissait le bon étage, les portes s’ouvraient à un endroit inconnu et incorrect.
Une fois descendu, elle sprinta dans l’immense cour intérieure, jusqu’à la porte d’entrée coulissante. Les deux enfants sortirent par l’entrée principale, qui situait juste à côté des ambulances. L’hôpital se situait dans un petit village.
La génitrice lui donna de la nourriture dans des toilettes publiques, en plus d’aller se soulager. Or, l’adolescente portait une de ces robes où il fallait tout enlever pour aller aux toilettes. En-dessous, il y avait un pantalon qu’on avait cousu à la robe.
La réincarnée ne savait pourquoi jusqu’à ce que ses yeux virent l’état désastreux desdites jambes.
Certaines cicatrices étaient très clairement des signes d’abus, mais étonnement, ce ne fut pas le pire. En effet, en plus des cicatrices sur son dos, de ses bras et jambes, des blessures inhabituelles marquaient sur sa poitrine et son ventre. Impossible à identifier. Notre protagoniste grinça des dents de lait pour la première fois. Avant, le bébé était édenté, et le changement l’avait perturbée.
Après s’être rhabillée, et l’avoir changée, une main saisit le pied de la française. La fugueuse avait été silencieuse jusque-là, mais là, madame me souleva à ma hauteur et planta ses yeux dans les siens.
Il eût un long silence pendant lequel elle resta suspendue.
Et puis, les larmes affluèrent.
« Hélène, repose-moi. Je comprends que c’est dur, mais repose-moi. »
Aucune réaction. La réincarnée n’insista pas.
Quelques temps dans le silence ainsi que des pleurs plus tard, et elles quittèrent la ville.
La végétation marqua un tournant dans l’histoire du bébé. En effet, Rose découvrit qu’en plus de ses traumatismes, sa réincarnation lui avait offert d’autres particularités : des os bizarres et mous. Elle le vit lorsque la randonneuse improvisée la fit passer sous un grillage. Sa tête était énorme par rapport à son corps, mais sa génitrice le maintenait en hauteur. Le bébé était donc à quatre-pattes, et, elle ne sentit pas ses rotules, car les enfants de son âge n’avaient pas encore développé cet os. Le choc passé, la réincarnée passa de l’autre côté. Son aide grimpa grâce à un numéro d’acrobatie, avant de reprendre la route. Il restait encore une bonne heure de trajet, pendant lesquels l’ancienne adulte observa le monde plus attentivement (et surtout, elle s’ennuyait). Voilà ce qu’il en résultat :  l’environnement était bien plus coloré car ses cônes de visions prenaient plus de couleur, tout était bien plus grand et bien plus agaçant, surtout au niveau du touché. Le touché était bien plus sensible que sa version adulte : la réincarnée se surprit à faire de la gymnastique pour éviter de toucher l’herbe. Enfin les pas de l’ancienne patiente étaient vraiment silencieux.
Encore vingt minutes plus tard, alors que l’enfant rédigeait mentalement ses dernières volontés, elles arrivèrent au beau milieu de nulle part.
Un individu les attendait devant une maison abandonnée. Son géniteur dans une autre vie, bien plus vieux. Beaucoup trop vieux, à vrai dire. Néanmoins, même dans un ancien monde, ça ne l’aurait pas étonné. Quand le pédophile darda ses yeux mauvais sur le bébé, celle-ci le regarda avec des yeux vides. La réincarnée ne le voyait pas. Son esprit était ailleurs, dans un autre temps, alors qu’elle avait un corps de trente ans.
Si je remontai le temps, je devrai revivre mon enfance, et ça, c’est hors de question.
Ce monde était différent. La traumatisée était sans doute biaisée, mais pour elle, cette rencontre fut une confirmation. Peu importait qu’il soit comme son géniteur ou pas.
Cet homme a quarante-cinq ans. Il a violé une gamine de douze ans.
Ce fut ça qui lui donna la force. Pas son propre état, pas le fait qu’il était exactement comme son alter-ego. Un enfant en danger.
Rose concentra son énergie dans son poing.
Une fraction de seconde plus tard, le délinquant sexuel volait. Le violeur s’encastra dans la porte d’entrée et fut incapable de bouger. Le coup du fruit de son crime ne le tua pas. Simplement, les blessures de sa colonne le paralyseraient à vie.
Si la musicienne avait été attentive, l’adulte rajeunie aurait vu le grand sourire malsain d’Hélène. Cependant, Rose était à des kilomètres de ça. Et à vrai dire, l’adulte aurait eût le même sourire dans sa situation. La traumatisée compatirait probablement avec le plan de la petite fille de douze ans.
Et puis, elles ignorèrent le corps avant d’entrer dans le bâtiment. La génitrice récupéra son enfant.
Un manoir abandonné, digne d’un film d’horreur, avait été caché par du feuillage. Les deux enfants entrèrent dans bâtiment parfait pour de l’urbex.
Hélène pénétra dans le mini-jardin de la cour intérieure. Magnifique jardin, mais terriblement négligé.
Une pierre tomba à terre. Une énorme partie de la barrière sur leur gauche tomba dans un fracassement sourd.
 …
Rose ignora la chose. Petite anecdote, elle détesta l’énorme trou en croissant de lune à gauche de l’entrée. Avec les mauvaises herbes et lianes, cela donnait un côté postapocalyptique à la scène, et la future macchabée ne souhaitait pas mourir.
Comme si sa matriarche le faisait exprès, Hélène entra à ce moment-là dans une chambre géante remplie de peluches, d’où en plein milieu, se tenait une potence. L’expression terrorisée de l’enfant lui fit prendre la parole.
Elle se débattit, mais rien n’y fit. La panique l’empêchait de se concentrer pour invoquer sa force démesurée. Il lui fallait du temps, du temps !
La mère l’attacha avec du scotch noir sur le pilier en bois, sur le pilier où était attachée la corde. Désormais fixée à la barre comme un saucisson, la confusion marquait les traits de Rose. L’enfant aurait pu se détacher, cependant, une chute de plus de vingt-trois mètres lui serait mortelle, car sa force ne lui permettrait pas d’atterrir sur le sol en bois pourri sans se faire mal. Sa carrière de superman n’aura pas lieu.
Et puis, elle quitta la pièce.

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