Dans la nuit, Rose trouva un hôtel pour artistes martiaux. Elle pénétra l’enceinte, et ne sortit pas de sa chambre. Ses espions lui rapportèrent des informations sur le clan Myô. Seo-Jun, le frère de Jong-Soo, était effectivement atteint d’une maladie propre aux artistes martiaux de ce monde. En plus d’avoir des pays et des villes en plus, les maladies propres aux artistes martiaux étaient légions. Rose sortit un carnet où toutes ses connaissances de l’histoire avaient été consignée.
Le malade était mentionné lors de la visite d’un tombeau avec le disciple du gigolo. Leur frère avait été maltraité par Haneul, en rétaliation au manque d’investissement de Jong-Soo dans la vie politique. Son manque de volonté avait conduit à des situations désastreuses.
Seo-Jun malade, Jong-Soo dû prendre le manteau de futur chef de clan. Problème : les chefs de clans, c’était comme les rois. Leurs mariages était politique et leur libre-arbitre limité. Tout pour le bien de leur peuple. Jong-Soo étant l’aîné, c’était à lui que revenait le ‘privilège’ d’avoir une compagne. Haneul entra donc dans sa vie, et ils s’entendaient assez bien. Ils avaient une amitié basée sur le fait qu’ils détestaient leurs situations. Sa future épouse avait été sa confidente lors de ses conquêtes, et il l’avait été lors des siennes. Elle avait vu son mari coucher avec toutes les femmes du clan. Et rapidement, la politicienne avait su qu’il hésitait à abandonner. Il souhaitait accomplir son rôle, et ils étudièrent donc la politique jusqu’à en mourir. Ses parents se retirèrent assez tôt, vers ses dix-sept ans.
Avant d’intégrer les fonctions, les clans exigeaient de leurs membres de visiter le monde. C’était une espèce de coutume où tu voyageais afin d’affronter des gens. C’était souvent dans la trentaine, ou lorsque les nouveaux atteignaient un certain niveau de maîtrise. Les maîtres des protagonistes étaient, officiellement, des exceptions.
Les deux avaient dix-sept ans lorsque leur règne avait commencé, mais mariage s’était finalisé à douze ans. A peine était-il parti que la cheffe de clan avait pris le pouvoir. Malgré sa jeunesse, tout le monde la respectait déjà. Néanmoins, pendant longtemps, Jong-Soo était son ami. La future épouse l’adorait comme tel. Malheureusement, la politique l’avait rattrapée. La vérité c’était qu’Haneul était assidue, là où Jong-Soo était une catastrophe.
In-Su avait voyagé à dix-sept ans. Son frère l’avait rattrapé l’année suivante. Son épouse l’avait fait à vingt ans. Il devait voyager pendant un an, et n’était jamais revenu. Les années s’accumulaient, jusqu’à atteindre la décennie. Actuellement, le maître avait vingt-cinq ans. Dans le manga, le maître revenait uniquement car Seo-Jun était mort. L’indécis avouerait que jamais il serait revenu sans ça. Haneul le « trahissait » à cette période. A mettre en gros guillemets. Après tout, quel intérêt d’avoir un chef d’état absent depuis dix ans et dont les seules décisions étaient catastrophiques ?
La vérité, c’était qu’être coincée à ce bureau du matin au soir était chiant au possible. Rose aurait fait comme Jong-Soo : laisser le travail chiant à sa femme, et partir s’amuser. Le statut l’aurait grisée. Voilà pourquoi la réincarnée aurait abandonné la position. Être chef de clan, ce n’était pas juste être respecté. Ce n’était pas juste les saluts solennels et la crainte. C’était un travail ingrat par bien des aspects. Plus elle en apprenait, plus l’impression que sa « trahison », c’était juste une femme excédée par la négligence de son mari. Et la première dame avait compris que son président se moquait éperdument de la politique au point où il avait réussi à ordonner son propre assassinat par accident, elle lui avait cordialement enjoint à abdiquer.
Comme beaucoup de shônen, une fois la surface grattée, les univers étaient extrêmement sombres.
Dans le manga, Jong-Soo était volage et irresponsable sans plus. Il était compétent, mais était loin de souhaiter telle position. La réincarnée eût beaucoup de compassion pour Haneul.
Après réflexion, Rose décida de chercher des informations sur la maladie de Seo-Jun grâce à ses espions spéciaux. Certains de ses agents étaient en sommeil depuis si longtemps, parcourant le monde. Peut-être auraient-ils des informations. Mais au final, la bonne samaritaine se décida à aider Seo-Jun. En espérant ne pas le regretter.
Il n’y avait plus qu’à marquer pigeon sur son front.
Avant ça, cependant, la française tenta de localiser In-Su. Introuvable, il lui faudrait donc faire affaire avec l’énergumène. L’annonce la fit souffler du nez.
Néanmoins, ce ne fut rien face à la suivante : la réincarnée repéra le concerné dans un des bordels appartenant au clan Okabe. Il déjeunait et s’enivrait à l’œil de par ses relations avec Tadao. Tous amis d’enfance.
Des heures plus tard d’hésitation plus tard, l’adulte rajeunie se glissait dans la maison rouge. Les autres artistes martiaux l’ignorèrent complètement, quand bien même elle avait été repérée. Les enfants étaient souvent envoyés dans ce genre d’endroits en tant que messagers. Officiellement, c’était interdit, officieusement, la concernée vit d’autres bambins traîner des ivrognes à leur maison.
Cependant, quand elle le trouva, cependant, son plan se mit à dérailler. Au lieu d’avoir une conversation normale, du sang sortit de tous les trous de son corps, et, avant même qu’elle ait pu réagir… Rose s’effondra.
Ce fut la fin de son entrevue. Personne ne chercha à l’aider, personne ne chercha à la soigner. Peut-être que Jong-Soo l’avait frappée, peut-être pas. Impossible de le savoir. L’enfant fut jetée dehors, avec d’autres macchabés à l’arrière-cour. Retour à la case départ. Fort heureusement, la réincarnée avait prévu d’être au bord de la mort de nombreuses fois, et avait décidé de se protéger en amont en cas de perte de connaissance.
Avant de changer son plan, l’adulte rajeunie planta des graines un peu partout, afin de contaminer la maison close. On ne laissait pas mourir les gens.
Point positif, dans un même temps, ses espions lui rapportèrent que Tadao avait été contaminé. Le poison n’avait aucun effet sur lui, pour l’instant.
Le lendemain de son échec, la fleuriste cherchait se mit à chercher le remède pour Seo-Jun. Elle n’allait pas laisser mourir son frère. L’avantage d’avoir les capacités de la réincarnée, c’était que rechercher quelqu’un ou quelque chose était aisé. Malheureusement, elle ne connaissait qu’un seul ingrédient, le reste était inconnu. Donc, trouver l’emplacement du médecin familial était important. Celui-ci se trouvait avec le malade, et ce dernier, affaibli, fut facilement trouvable.
Rose prit une nouvelle identité. Franz Fuchs, un blond à la beauté surnaturelle. Jusqu’à présent, elle parcourait le monde sous les traits de Yae Agano, une japonaise. Néanmoins, la concernée ne parlait pas japonais, ce qui entrait en contradiction avec son personnage. Un occidental, avec ses cheveux blonds et ses yeux bleus n’aurait pas besoin d’explication sur pourquoi il ne parlait pas la langue locale.
Ensuite, il fallu se mettre en route.
C’était en plein milieu de nulle part, près de l’île Awaji. La voyageuse dû prendre quelques dizaines de bus avant d’atteindre le début. Ensuite, il fallut grimper sur une montagne, éviter les pièges et les embuscades pour enfin arriver, en pleine nuit, sur place.
Il n’y avait aucun garde, seulement des serviteurs qui s’écartèrent de l’occidental quand celle-ci pénétra la cour d’une maison de riche à la japonaise. Ils l’ignorèrent bien que le fantôme se soit annoncé.
Du coup, pendant quelques minutes, l’invité chercha en vain à trouver une personne en charge. L’intruse s’attendait à un comité d’accueil, des négociations avec un médecin, elle avait même apporté le fruit rare afin de prouver sa bonne fois… et au bout de trois heures, trois longues heures, c’en fut trop. Son corps se rendit auprès de l’alité, après avoir saisi de balais. Le plan était de se faire passer pour un serviteur afin de pas trop le brusquer.
Seo-Jun Myô était l’image même de la maladie. Des joues creuses, des muscles inexistants, un air si pâle et maladif. Des cheveux sales, tout comme ses vêtements et cet endroit. Son visiteur éternua à cause de la poussière, avant de se mettre au travail.
Le frère de Jong-Soo hurla de l’aide qui ne vint jamais. Alors, le malade tenta de bouger sans grand succès. Son stress n’améliora pas sa condition, voilà pourquoi son médecin de fortune s’assit avant de lui planter une seringue contenant un calmant.
Une fois la chambre propre, là seulement, la femme de ménage improvisée daigna d’accorder son attention au propriétaire des lieux. La concernée s’assit à terre afin de donner à manger au malade. Rose avait pris ses plats préférés, mais bien sûr, sa nourriture fut refusée. Alors, elle s’empiffra tout en tendant un cahier ouvert devant le malade.
« ‘Je ne parle pas coréen ou japonais’, lisait-on sur sa feuille. ‘Navrée, je suis là pour vous demander quelque chose. J’ai voulu demander à Jong-Soo mais j’ai été malade rien qu’à son approche. Je sais où trouver les ingrédients de votre remède.’ »
Pourquoi la réincarnée restait silencieuse ? Elle était sous l’apparence de Franz, son accent était à couper au couteau, elle ne voulait pas qu’on la retrouve…
Seul un regard mauvais l’accueillit. De fait, Seo-Jun l’avait vu arriver, nettoyer sa chambre sans un bonjour, puis manger ses plats préférés devant lui. Il avait été interloqué les premières secondes, agacés les suivantes, et au final il s’était puis résigné. Le malade avait rapidement pris quelques plats, car quitte à mourir, autant le faire le ventre plein. Cependant, quand elle avait sorti le fruit, il s’était étouffé.
La seconde page du cahier révéla la suite :
« ‘Je souhaite que vous m’aidiez à stopper la fin du monde. Ça vous branche ?’ »
Il y avait deux carrés : l’un pour oui, l’autre pour non. Seo-Jun accepta, l’air complètement abasourdi et abattu. Une fois ça fait, Rose sortit de sa chambre, attrapa le médecin familial — un vieillard — planqué avec les serviteurs, le traîna devant Seo-Jun qui le reconnu, avant de lui donner le fruit.
Sur le cahier, il était marqué :
« ‘Si vous manquez à votre parole, je viendrai recueillir mon dû. Quant à lui, fera-t-il l’affaire, ou dois-je demander à quelqu’un d’autre ?’ »
Les réponses étaient les suivantes : « Il fera l’affaire pour le remède. » et « Il ne fera pas l’affaire. ».
Il fera l’affaire.
Après s’être assurée de la préparation de la potion ainsi que de la protection du malade, l’adulte rajeunie voulu quitter les lieux. Ça s’était bien passé, mais ses espions lui rapportèrent que Jong-Soo s’approchait du lieu où elle résidait à grande vitesse. Elle eût un rire nerveux.
Désormais, il ne servait à rien de rencontrer Jong-Soo. Il lui faudrait une heure pour arriver ici, elle avait le temps de s’échapper. Rose assomma tout le monde afin de les empêcher d’assassiner Seo-Jun, et puis, elle s’en alla.
A ce moment-là, des roses se mirent à pousser sur le sol, en accélérer. Rose eût un grand sourire.
Ces roses blanches, comme du gel, ne pouvait dire qu’une chose : tout le clan ennemi était infecté. De grosses larmes coulèrent le long de ses joues, alors que les fleurs de glace se rependaient. Les méridiens de chaque personne du clan allaient être détruits.
Une autre information lui parvint : un moyen d’arrêter la technique qu’ils comptaient utiliser. Inutile désormais. Mais bon sang.
Ses jambes la lâchèrent. Il faudrait vérifier, se dit-elle.
Quelques temps plus tard, la concernée lisait les panneaux des bus. Enfin. Lire en japonais était encore une catastrophe.
La voyageuse plissa les yeux sous la concentration. Pour arriver ici, la française avait eu de la chance qu’un seul bus passait par là. Ici cependant, c’était plus compliqué. Il me faut un plan, se dit elle alors que le bus arrivait. Si j’infecte ces gens… non, certains quitteront la place… peut-être le chauffeur ?
Au final, la vigilante pris le premier bus qui passait.
La Ki de Jong-Soo se percevait jusqu’au village où l’enfant séjournait. A ses yeux, elle venait de menacer son frère. Un beau village, avec des champs de roses glacée. Parcourir ces champs à pied était le plus rapide qu’attendre des heures pour un bus. Les roses suivaient ses pas, ce qui, couplé avec son visage, attirait les regards.
Il restait encore quelques kilomètres avant la prochaine ville quand son esprit perçu quelque chose d’étrange. Un malaise plomba son ventre. Un mal de crâne s’attaqua à sa tête. L’empoisonneuse accéléra. Un mauvais pressentiment la prenait aux tripes. A un moment, cependant, elle longea un fleuve où était poussé ses agentes vertes. Les civils l’ignoraient, à vrai dire, ils ne semblaient pas s’apercevoir des bouquets.
Et là, elle le croisa. Un artiste martial l’observait depuis le jardin, comme un kangoroo dans un lac, attendant que sa proie vienne le rejoindre. Des cheveux noirs sales, incoiffables et incoiffés encadraient un visage ovale et familier. C’était le combattant sur la photographie du journal. Enfin, à quelques différences près : une peau parsemée de terre, et un uniforme de lycéen.
Le maître fit un pas, entrant dans la zone de sa xénovue. La sensation de ses fils fut incomparable à celle des autres artistes martiaux. C’était mauvais, vicié.
Rose eût l’impression d’étouffer, son cou écrasé comme un insecte. Prise dans un étau où la victime ne parvenais pas à bien respirer. La malheureuse toussa violemment. Une inexplicable sensation de terreur s’empara d’elle. La pauvre sentit mes poils s’hérisser, son cœur s’accélérer. Ses fils se rétractèrent tellement que la concernée eut du mal à les percevoir.
Quelque chose n’allait pas. L’artiste martiale ne savait pas quoi, mais son instinct lui soufflait qu’il fallait s’enfuir. Sauf que la vigilante était paralysée. L’auto-justicière avait envie de s’enfuir, mais elle ne le pouvait pas. La sportive restait figée alors que ses symptômes empiraient à mesure qu’il approchait. Lentement. Très lentement. Elle s’effondra. A terre, la malade crachait du sang. Ses yeux devinrent pourpres, mais la pauvre ne pouvait pas bouger. Son dernier geste fut de détruire tant ses poisons que ses graines.
Tadao Okabe l’ignora.