Trois mois plus tard, les capacités de l’ancienne adulte la sortaient de la misère. Notre protagoniste avait établi un petit nid douillet. Après son réveil, l’adulte rajeunie s’était débrouillée pour survivre sans la présence de sa mère. La musicienne était incapable de retrouver l’adolescente, mais elle fut chassée. Ses grands-parents paternels ignoraient la vérité. Ils vendirent la propriété et ceux qui l’achetèrent chassèrent la squatteuse.
Désormais véritablement sans-abri, Rose s’était rendue dans une des villes où opérait principalement les religieux. Pour une étrange raison, les villes qu’ils contrôlaient avaient rarement des familles. Quand ils recrutaient, ils ignoraient les sans-abris dénués du moindre pouvoir. De ce fait, les enfants étaient bien plus présents.
Sur place, le premier jour, elle alla à la rencontre des autres sans-abris.
C’est souvent des pièges.
Rose était bien plus forte que la moyenne. Une porte en béton avait plié sous sa force, la plupart des gens étaient relativement faible.
Malheureusement, sa première tentative échoua à cause d’un couple d’amoureux ayant la trentaine. Rose détourna le regard, les joues en feu. 
Jusqu’au soir, elle fut agitée. Ces deux inconnus la hantaient. Depuis son rajeunissement, il lui arrivait d’être attirée par des gens de son vrai âge. L’homme était tout à fait son type, il lui rappelait un de ses ex-petits-ami. L’ancienne adulte évitait d’y penser. Son rapport à la sexualité était bien plus difficile. Allongée dans une tente à l’extérieur de la ville, une main d’enfant levée. Un trou noir avait dérobé une partie fondamentale d’elle. Sa liberté de choisir son partenaire. Un rappel si dur de sa condition actuelle.
La réincarnée posa sa main sur sa jambe imberbe. Elle inspira à fond. C’était son corps. Tout allait bien. Ou pas.

Quand la française sortit quelques minutes plus tard, il pleuvait et l’air était chaud. Ça lui rappela qu’elle était dans les années 1990. La météo était encore loin de 2026 et la chaleur était encore acceptable. Un vrai sourire étira ses lèvres. Ça lui remonta un peu le moral.
Quelques tentatives supplémentaires plus tard, la réincarnée accéda à du matériel et de quoi survivre. Étonnement, les gens furent accueillant et remplis de compassion.
Hélène a dû me mentir…
Aucun problème, si l’on excluait ceux de la rue.
L’un deux étaient rampant dans son cercle : l’alcoolisme. Quand t’habitait une région froide, même s’il ne neigeait pas, l’alcool te tenait chaud. La plupart des sans-abris qu’elle côtoyaient savaient pertinemment que c’était une mauvaise idée. Néanmoins, ça leur permettait d’avoir chaud. D’autres problèmes étaient prévalents, comme la prostitution chez les adolescentes.
Enfin libre, Rose avait poursuivi son but dans son ancien monde. Avoir des petits boulots « innocents » pour quelqu’un de son âge. Par exemple, en ayant des stands de limonade, ou en jouant les journalistes auprès des gens. En allant dans une école, elle pouvait boire de l’eau en se mêlant aux élèves. Quant à la nourriture, la musicienne essayait de ne pas en acheter, privilégiant les églises. De fait, et malgré une curiosité des plus morbide, cette carrière se refusait à elle. Rose passait donc du temps à les espionner et à apprendre, tant leur religion que leurs techniques pour se débarrasser d’une créature surnaturelle.
Grâce à ça, ses seules dépenses étaient la psychothérapie. Car en effet, l’ancienne adulte avait finalement pu convaincre une psychothérapeute de la prendre. C’était une lesbienne qui dégageait de l’énergie spirituelle. La marginale vivait indépendamment d’une quelconque organisation religieuse, et surtout, elle comprenait sa situation. Lors de leur première session, qui servait principalement pour faire connaissance. Rose lui avait tout dit ou presque. La psychothérapeute l’avait crue car, selon ses propres dire : « J’ai vécu plus bizarre. »
Son train de vie commençait à ressembler à celui qu’elle avait eue, avant. C’était tout aussi difficile qu’à l’époque, car l’enfant était bien incapable de fonctionner parfois. Pendant des semaines, elle préférait être affamée plutôt que de sortir. Son ancienne vie était toujours là, bien ancrée, bien présente.
Un enfer à vivre. Une culpabilité si grande. Cependant, elle faisait des progrès. Petit à petit.
Un jour, la concernée sortit.
Parlons d’où elle vivait. Un quartier mal famé, ayant cette odeur constante de voiture brûlée. Des hurlements dû à des agressions nombreuses.  On comprenait parfaitement pourquoi Hélène avait élu domicile une maison délabrée et hantée.  Elles avaient été des squatteurs plus que de vrais sans-abris.
Rapidement, Rose avait utilisé ses capacités, et ce, malgré le danger. Ses capacités lui facilitaient simplement la vie.
En parlant du loup, ils lui rapportèrent que trois agressions avaient lieu en simultanés. De plus, il y avait un vol à main armé, un braquage d’une boutique non-loin de là, ainsi que quelques petits pickpockets.
La justicière continua de marcher.
Cet endroit la terrifiait. Elle savait qu’il était inconscient de rester seule ici. En temps qu’adulte, difficile de se sentir en sécurité ici, mais en temps qu’enfant, c’était un risque considérable.
Sur le chemin, il y avait un bureau de tabac avec un téléphone fixe. La vigilante en pénétra l’enceinte.
Le vendeur se trouvait allongé au sol. Quelqu’un l’avait martelé de coups. Son agresseur se tenait au-dessus de lui. Un insondable adulte et cagoulé. Le pire étant ses fils cachés.
La plupart des gens avaient des fils visibles.
Pas elle.
Il tenta de l’attaquer. Son poing percuta le mur, et s’enfonça profondément. Il craquela. Cette force était anormale. Sans les réflexes surhumains de Rose, celle-ci aurait lavé le sol avec ses entrailles.
Elle s’était enfuie quand il retira sa main.
Le soir même, la bonne samaritaine quitta la ville. Impossible d’y retourner. Hélène lui avait dit la vérité, mais était dépourvue de la capacité de Rose à percevoir les fils des autres. De fait, les criminels dont parlait sa mère étaient comme elle. Elle s’était approchée de sans-abri ayant des fils bien visible, voilà pourquoi il n’y avait eu aucun problème. A l’avenir, il lui suffirait d’éviter les ‘insondables.’.
Deux mois supplémentaires plus tard, son mental allait mieux.
La réincarnée vivait désormais dans la Creuse. Les sans-abris de Lar lui avaient offert une tente, et elle faisait du camping sauvage au beau milieu de nulle part. Grâce à ses capacités d’athlète, elle parvenait à la civilisation en trois heures de marche. Il fallait parcourir soixante-dix kilomètres.
C’était l’un des avantages de ses capacités surhumaines. Elle avait la sécurité des campagnes, introuvable en ville, mais les opportunités de celle-ci.
Rose commença à jardiner. Un de ses intérêt spécifique, dans son ancien monde, était le jardinage. Intérêt auquel Rose s’attelait maintenant avec force, comme elle s’était attelée à réapprendre à stimer autrefois. De temps en temps, sa brume était injectée pour faire pousser des aliments plus vite. Ses fils réagissaient aux fruits en retour.
En plus de cette activité, la concernée faisait pousser des herbes médicinales. C’était différent du jardinage, qui était principalement pour son rituel. Les hôpitaux se posaient des questions à son sujet, et maintenir une bonne santé était important. Mais surtout, c’était pour calmer les visions.
Quand ses espions revenaient à elle, ils lui montraient ce qu’ils avaient vus. Les pires facettes de l’humanité hantaient ses rêves et lui faisait perdre le sommeil.
Peu à peu, ces visions avait remis l’idée de détruire les maisons sur le tapis. Rose les appelait désormais les « maisons » ou les « familles », et non plus gangs alors qu’à ses yeux, ç’aurait été approprié. Mais tout le monde les appelait ainsi pour une étrange raison.
Rose voulait les oublier, ne serait-ce que pour éviter de se battre avec des criminels. Éviter de tomber dans un engrenage infernal, ou simplement de perdre des gens pour cette raison. Perdre sa vie n’entrait pas en ligne de compte : la dépression lui avait prise la sensation de vouloir vivre, en même temps que la sensation du bonheur.
Que savez-vous de la manière de reproduire de l’herbe ? Une manière agressive mais silencieuse. Efficace, car voir de l’herbe était courant, après tout.
La justicière ne souhaitait pas tuer. Les visions l’avaient poussé à bout, mais l’adulte n’avait pas le cran de tuer, même indirectement. N’était-ce pas ce qui allait se passer, si jamais l’ancien héritier se battait avec les Vermeil ? D’autant qu’il serait sans doute massacré.
Encore une fois, Rose hésitait. Et au final, la civile tourna les talons, avant d’enlever ce stupide déguisement qui lui faisait honte.
Les plantes se propagèrent, même s’ils restèrent intouchés. Personne ne se doutait que les pissenlits dégageaient un poison mortel au contact de son Ki, que leur gazon était infecté ou soupçonnait que la rose qu’ils respiraient tout le soir contenait du poison. Et impossible les enlever, de toute manière.
Rose tenta d’oublier. Sauf que c’était impossible.
L’espionne n’arrivait pas à oublier les cadavres. C’était ça, la raison qui la poussait à créer les pires poisons. Un sentiment d’injustice des plus forts. Il y avait une différence entre savoir ce qu’un cartel faisait, et le voir de ses propres yeux. Sans le savoir, sa capacité l’avait brûlée en profondeur. Ses plantes avaient marqué au fer rouge sa connaissance.
Alors, les prochains mois, ses scrupules s’effondreraient peu à peu alors que sa raison vacilla de plus en plus.
 
Un matin, alors que la fan de manga shônen lisait le Monde, une bonne nouvelle : elle se rendit compte, après quelques années, qu’elle s’était réincarnée dans un manga. Dans la vraie vie, les gens ne se réincarnaient pas au bon endroit comme par hasard. Rose était née en France, dans un endroit où le niveau des arts martiaux était correct, mais le pays était surtout connu pour son tourisme. Les meilleures accommodations pour les tueurs sanguinaires, c’était ici. De plus, la plupart des mangas du genre se situaient au Japon. De base, la réincarnée n’était pas japonaise, mais même au Japon, la réincarnée aurait pu passer sa vie sans savoir qu’elle s’était faite réincarnée dans un manga. La vérité c’était que le monde n’était pas au courant de la présence de monstres capable de battre des gorilles adultes. Chose qui n’existait pas chez elle, malheureusement. Rose s’en doutait un peu, parce que ses espions lui avaient rapporté l’information que ses « fils » étaient des méridiens. Jusqu’alors c’était des fantaisies très peu probable. Son cœur avait fait un bond quand elle avait lu dans une section sport du journal.
En effet, un individu avait battu le champion de boxe des États-Unis, Liam White. Une photo du perdant aux cheveux blonds avec un pré-adolescent ayant un air qui se voulait bestial (Rose supposait, mais à cause de son âge, l’enfant paraissait simplement ridicule.).
… j’arrive pas à croire que je vais dire ça mais merci mon dieu que je sois une sans-abri. Je veux pas entrer dans ce monde avec une dépression de la taille du Texas.
Le nom du combattant était marqué dans le journal, et heureusement, car sans ça, la réincarnée ne l’aurait pas reconnu.
Le charadesign des maîtres était souvent stéréotypés. Si t’étais thaïlandais, tu faisais du Muay Thai, et ta peau était foncée. Tu pouvais être un bâton, ou une montagne de muscle. Si t’étais une femme, tu devais être jolie. Sauf que là, c’était un poil différent. Cet ‘adolescent’ sur la photo ressemblait au héros de shônen de base.
Tadao Okabe et son apparence trompeuse, car il était adulte, et c’était l’une des créatures les plus fortes du monde. Il faisait partie un multivers avec d’autres maîtres tout aussi puissants les uns que les autres (le fameux top 8), à l’exception peut-être du délinquant Shun Katô et d’Ima Tsujita. Le premier parce que c’était le seul maître malade, et le second parce qu’elle mourrait au début du manga de son disciple.
Le reste, c’était des cauchemars ambulants.
Que fit Rose de cette information ?
Absolument rien.
L’idée que des mangas comme Dragon Ball puissent être réel était absolument géniale. Ça lui avait donné un regain d’énergie pendant quelques minutes. Néanmoins, le but de ce type de manga était souvent de battre le meilleur combattant au monde. C’était comme se réincarner dans une comédie romantique entre lycéens. Certes, c’était exitant, mais impactait minimalement sa vie. Il était loin de justifier un billet d’avion qui, en 2024 tout du moins, coûtait mille euros. Même en sachant que la monnaie était en franc et la crise de 2008 bien différente, l’ancienne sans-abri présumée morte était incapable de débourser cette somme. La douane serait particulièrement intéressée sur son absence de papiers réglementaires lors de son voyage pour rencontrer des célébrités. Ainsi, attendre ses dix-huit ans et gagner de l’argent pour se payer un voyage là-bas semblait être une meilleure alternative. En supposant qu’elle s’y rendre, car notre protagoniste était un type de fan particulier : incapable d’attendre des heures devant une salle de concert, ou faire signer des T-Shirt dans sa propre ville. Se rendre à des dédicaces, des festivals ou autre rencontre auteurs-fans l’ennuyait profondément. Même si son compte en banque inexistant avait approuvé un tel voyage, partir aurait été hors de question. La lectrice restait une immense fan de ces séries, mais sa santé passait avant tout.
Alors, les jours suivants, elle s’amusa à rêvasser. La réincarnée s’imagina se tenir au sommet. Elle rêva de battre tout le monde sans travailler pour. L’ancienne musicienne s’imagina être dans d’autres mangas, connus ou pas. Certains univers étaient horrifiques, et la française était soulagée d’être ici. Elle s’amusa à chercher des pistes de leurs locations dans les journaux. Malheureusement, dans ce monde l’Europe était une région faible en termes de combattants forts. Ainsi, c’était surtout un lieu touristique et elle n’avait que des miettes : Liam White, le frère d’un des maîtres, passait souvent du temps en Autriche. Les parents d’un des protagonistes avaient passés leur lune de miel en France. Les protagonistes eux-même avait son âge. L’un de leur futur maîtres de ce qu’on appellait le top 8, Naomi Bell se trouvait actuellement en Angletterre. Un autre du top, In-Su Myô, visitait l’Italie.

Le point culminant de ces rêveries apparu quand Rose vit le tournoi opposant Liam et Tadao. Les deux étaient des boxeurs de famille reconnues. Le combat fut un massacre dans un sens. Tadao, comme le reste du top 8, étaient des monstres dans leur catégories. Liam avait eût droit à un uppercut qui l’avait envoyé dans les gradins. K.O dans les trente premières secondes.
Au fur à mesure, les souvenirs de tout ces mangas remontaient. Les tragédies, en particuliers. Il y avait huit mangas, donc huit maîtres en arts martiaux. Actuellement, seuls cinq étaient reconnus. Les autres avaient encore du chemin à faire, ou une tragédie à vivre.
Aussi, elle appris l’existence de plantes capable de révolutionner l’existence des gens. En deux mois, elle se retrouva à cultiver des plantes.

Néanmoins, au bout d’un moment, une pensée vint en elle. Sans un petit, minuscule, microscopique détail, la vie de la française n’aurait pas dévié de sa trajectoire.
Dans la nuit, alors qu’elle se reposait, Rose commença à se souvenir de l’univers de Tadao.
La lectrice ouvrit les yeux.
Son cœur s’accéléra sous l’effet du stress.
Fâcheusement, le détail existait.
Jusqu’à présent, les rêves de la maîtresse des poisons s’étaient concentrés sur l’aspect fantasque du monde. C’étaient des shônen, donc l’aspect sombre était aseptisé. C’était le cas avec Naruto et c’était le cas ici. Devenir une combattante d’exception, pourquoi pas.
En fait, quand ces maîtres avaient un problème, le monde portait le fardeau. Or, ces charmants personnages viendraient bientôt pour beaucoup de monde, dont elle. Avant de présenter le détail, il fallait présenter les joyeux lurons.
Tadao était le pire dans cette catégorie, car monsieur avait décidé de raser des milliards de personnes, et il y était quasi-parvenu. Le reste était relativement meilleurs, mais ce n’était pas des modèles : le joyeux Jong-Soo était un gigolo avec des tendances à laisser mourir ses proches et ses partisans. Par bien des aspects, c’était un être social qui explosait du jour au lendemain, comme une bombe à retardement. Le silencieux In-Su avait une loyauté un peu trop poussée envers son frère heureux et avait fini par péter un plomb et s’était adonnés à quelques massacres. Le médecin Zhongjing était une personne charmante, si l’on exceptait sa tendance à tuer un peu trop de personnes à cause d’une histoire avec son clan. Il manquait des gens comme Naomi Bell et Shiro, qui avaient achevé l’humanité. Et ça, c’était sans compter leurs familles, qui opéraient comme les Blanchard, en plus énervés. Ces clans faisaient partie du gratin des pires saloperies ayant jamais foulée cette terre. Peu importe à quel crime vous pensez qu’ils avaient commis, ils l’avaient fait.
Le problème, le détail, c’était le nombre de victime. De mémoire, Tadao avait fait deux milliards de victimes. C’était moins impressionnant quand on prenait en compte le fait que ce conflit était concentré en Asie. La Chine et l’Inde avaient un milliard d’individus chacun. On passait d’une catastrophe mondiale à Tadao détruisant deux pays. Le problème commençait lorsque le reste était là. Ils avaient différents chiffres, qui combinés équivalait à trois milliards, réparti sur plusieurs régions. L’Asie, les Amériques, l’Afrique et L’Australie. L’Europe avait été ignorée dans l’œuvre, néanmoins, le bilan humain avait été tout aussi catastrophique.
Pourquoi le détail était aussi catastrophique ?
Le monde présenté dans le manga était aseptisé. Le traffic d’organes, les combats à mort, le fait que certains héros survivaient uniquement par la magie du scénarium (« Oui, je devrais le tuer, mais j’aime ce gamin que j’ai rencontré il y a trois secondes » – un trafiquant d’être humain en rencontrant l’un des protagonistes, probablement. ) ; tout ça, c’était montré de manière moins gore, plus acceptable pour des enfants de douze ans.
En 2024, le chiffre d’êtres humains était à huit milliard environ. Dans les années 1990, ce chiffre était à cinq milliard. Or, si on combinait leurs nombres de meurtres totaux, personne ne survivrait. Et c’était impossible de sauver tout le monde comme une héroïne de shônen. Tadao, le combattant sur la photo, génocidait la moitié de l’humanité à partir du dix-sept janvier 1995. Sauf qu’à ce moment crucial, l’adulte rajeunie aurait huit ans. Si Rose laissait cet incident se produire, un jour où l’autre, elle devrait affronter la créature la plus fort du monde. A huit ans. Donc, la pseudo artiste martiale devait devenir plus forte que la créature qui a battu le champion du monde de boxe avant ses dix ans. Elle devrait affronter le président des États-Unis pour Naomi, un maître en manipulation en la personne d’Atsushi…
En théorie, Rose aurait pu attendre que le Japon tombe sous les coups de Tadao. Attendre que quelqu’un le stoppe naturellement. Néanmoins, même faible, il restait un monstre. Jamais elle ne pourrait l’approcher naturellement.
A ce moment-là, la vie de la SDF bascula. Le monde se mit à tanguer alors que Tadao n’avait pour l’instant. Il lui avait infligé un K.O technique par sa simple existence.
Le combat n’était juste pas possible. Il fallait trouver des parades. Ici, empêcher l’incident voudrait dire convaincre Tadao de la machination de son charmant clan. Ils avaient provoqué une transformation en lui en tuant un de ses amis. Le clan avait des techniques qui fonctionnaient un peu comme le Satsui no Hado de Street Fighter. Le genre d’énergie qui te corrompait son porteur et le poussait au meurtre.
Si Ezume Ito, la victime, survivait, le plan ne pourrait pas fonctionner, car la transformation devait venir de lui. L’héritier était stupidement puissant. Le point négatif, c’était bien sûr le risque encouru. Le clan Okabe, c’était les pires enfoirés de l’univers. Il n’y avait rien à recycler chez eux. Entrer en contact avec lui, c’était compliqué. Et ce n’était que le début, car il y avait plusieurs maîtres.
Ce jour-là, le monde s’effondra sur elle.
D’autres personnes se seraient sans doute lancé des recherches désespérées pour sauver le monde. Pour devenir plus forte. Ce ne fut pas le cas de la réincarnée.
Trop malade. Trop faible. Trop jeune.
Et ne souhaitant pas perdre le peu de bonheur qu’elle parviendrait à amasser dans cette vie-là. Arriverait-elle à protéger ses amis face à ces monstres ?
Combien de protagonistes s’étaient dit la même chose ?
Le poids du monde s’effondra sur elle. Il la détruisit. Tout ça, c’était un cauchemar.
Tu sais, j’ai toujours rêvé de vivre dans un autre monde. Avoir de la magie, c’est la partie la plus cool de l’histoire !
La française ferma les yeux.
Ses toilettes furent arrosées de son vomi. Elle était loin d’être la seule à avoir découvert la fin du monde. Des centaines de personnes, partout dans le monde, réagirent à cette annonce.
Katsuhiko saisit le pistolet et le mit dans sa bouche. Sidney abandonna sa vie propre sur elle afin de sombrer dans la débauche. Fritz Blanchard voulu se battre. Rose resta allongée, et si comme si de rien n’était.
Malheureusement, dans le manga, ça n’avait rien changé.

Des semaines plus tard, Rose sortit de chez elle en titubant. Celui-ci débouchait sur une ruelle. Il faisait nuit, et un délinquant se trouvait dans les quartiers. Un artiste martial non-affilié à un clan. Quand il la vit, un sourire se forma sur ses lèvres. Le combattant se mit en position. La réincarnée l’ignora, vomissant ses tripes dans la poubelle. Puis, malgré ses appels, la française se mit à errer, son poing frappant les immeubles.
Son adversaire l’attaqua, mais Rose n’en avait cure.
Le délinquant ne toucha jamais sa cible. La réincarnée l’avait évité. Elle était à des kilomètres de lui. Ils arrivèrent à un stade.
Nouvelle attaque.
La française ne fut plus aussi clémente. Sa main manqua le combattant. Le poing s’enfonça dans le ciment comme du beurre. Des craquelures apparurent sur la chaussée. Rose ne connaissait pas l’étendue de sa force.
Son adversaire poussa un hurlement, mais elle n’avait pas fini.
La réincarnée glissa sur de l’herbe, avant de rouler jusqu’à atteindre le stade, situé en contrebas. La française emporta le combattant.
Une fois relevée, la malheureuse fit face à son adversaire.
Rose ne s’était jamais battue avec autant de hargne qu’à ce moment-là. Dans un stade, à des kilomètres de la moindre civilisation. Ses poings étaient en sang. Sur ses joues, des larmes ruisselaient. Ses jambes avaient des lésions à force de frapper dans le vide.
Son adversaire jouait avec elle.
Son adversaire était un être insignifiant.
Son adversaire était un être dépourvu de la moindre capacité.
Son adversaire était plus fort.
Le cri de désespoir qu’elle poussa n’était pas humain. Et au final, la combattante perdit. Pendant les prochaines semaines, le stress et l’anxiété la prenait en tenaille. On avait décidé qu’affronter le dieu de la guerre était une bonne idée. Qu’affronter ces monstres était une bonne idée.
Je veux vivre.
C’était un cauchemar, mais après autant d’années d’effort pour se sortir de la dépression, la réincarnée n’abandonnerait pas maintenant.
Je veux vivre.
Petit à petit, la réincarnée fit des gestes pour sortir du trou où elle était plongée.
Je veux vivre.

Sa psycothérapeute fixa longuement sa cliente.
Très longuement.
Si longuement en fait, que ladite cliente commença à la regarder. La plupart du temps incapable de décoder les expressions du visage, il lui fallu doinc un effort supplémentaire pour comprendre le silence. Notre protagoniste vit les yeux étaient mouillés, son regard perdu et déconcentré. La réincarnée vit son regard à elle, dans le miroir.
Combien d’année avait-elle fait de thérapie ? Plus d’une dizaine. Assez pour connaître certains ressorts. Sa psycothérapeute la croyait. Elle la croyait pleinement.
Adelaïde saisit la bouteille d’eau, avant de la casser.
Elle pointa ensuite le verre sur sa gorge.
Quand sa psycothérapeute se réveilla, elle était dans un hôpital. Aucune trace de sa cliente. Les infirmiers, eux, s’affairaient sur une voisine.
« Vous souvenez-vous de quelque chose ? », lui demanda un médecin.
La patiente invoqua sa mémoire, cependant, tout ce qu’elle vit, c’était du flou. Un flou incapable de se dissiper. Si l’amnésique s’était souvenue, qu’aurait-elle vu ? Sans doute deux personnes au milieu de décombres d’un bâtiment. Debout, l’air rabrougri, l’un d’eux avait l’air d’un clown triste, assis sur une chaise. Les cadavres étaient à perte de vue, dans un monde détruit Ils se seraient sans doute présentés comme ceci :
« Tu es…
— Illian. Juste… Illian.
— Ah. Moi je suis Adelaïde. »
Elle aurait observé le cadavre du blond, tout en serrant son sac à l’effigie du drapeau lesbien. Son interlocuteur aurait sourit tristement en regardant celui-ci avant de se tourner et fermer les yeux de son meilleur ami. Lui-même avait un foulard dans sa poche arrière.
« Je connaissais Liam. »
Silence. La rescapée se serait assise sur la pierre à côté de lui.
« Le fameux Illian, dont la soeur est responsable de ce massacre. On va tous mourir.
— … vrai, j’aurais dû lui faire confiance, c’est bien vrai. A l’époque, ma sœur était loin d’être aussi puissante. »
Rose, sur ta planète, il y a des humains non ? Certes, ils ne sont pas surhumains comme ici, mais il en reste. Donc, ne t’inquiètes pas, car au fond, l’humanité vivra.
« Moi aussi. J’aurais dû faire confiance à l’une de mes patiente. Toi et moi, nous sommes aussi coupable l’un que l’autre.»
Pause.
« Je doute que mon crime soit équivalent au tien. »
Adelaïde ouvrit sa paume. Une croix était dans la paume de sa main.
« J’étais une psycothérapeute, autrefois. Une de mes cliente, un soir, m’a annoncé qu’un jour, la mort d’Ima Tsujita pousserait son fils à chercher vengeance et détruire tout sur son passage. Que son oncle, responsable du sang versé, se transformerait en tyran. Elle m’a annoncé aussi, qu’un jour, une certaine Meï Burns tuerait la moitié de son clan, tandis que son frère tuerait l’autre moitié. »
Sa phrase se noya dans sa gorge.
Illian, quant à lui, était tendu.
« Tu te moques de moi ?
— Non. J’aurais dû l’écouter. J’avais le pouvoir de l’en empêcher. Mais je n’ai pas pu. Je n’ai pas pu. »
Il songea à l’attaquer, mais il s’arrêta en voyant son visage.
« … tu sais pourquoi je l’ai fait ?
— Hum ?
— Ta diseuse de bonne aventure, te l’as-t-elle dit ? »
Les bâtiments se mirent à trembler :
« Un conflit divisait votre clan. D’un côté, les gens responsables des expériences menées sur vous. De l’autre, vous. A l’époque, les meilleurs était différent. Il n’y avait que In-Su, Tadao, Naomi, Jong-Soo et Ima. Mei… dont le surnom était Shiro rejoindrait bientôt ce groupe. Tu as cru que ton camp perdrait, et tu as voulu limiter les pertes. Tu ne lui as pas fait confiance. Tout ça que pour que tout le monde meurre. »
La vision s’était finie sur ça, avant qu’Adelaïde commette son acte malheureux. Sa vision l’avait détruite.
A la vue de cette réaction à ses paroles cependant, Rose soupçonna qu’elle avait utilisé ses pouvoirs et en était resortie détruite. Pourquoi ? Parce que le monde des arts martiaux et celui des religieux était étonnement distinct. Typiquement, Adelaïde ignorait tout de cet univers, et même avec une démonstration, elle était restée sceptique.
« Tu as sans doute des capacités spéciales. », lui avait-elle dit.
La terreur que le top 8 inspirait était donc infiniement moindre. Affronter une montagne de muscle était une chose, affronter la même montagne en sachant que c’était un assassin d’élite et mettrait à genou le champion du monde de karaté c’était un autre niveau de terreur. Ça arrivait aussi aux combattants d’art martiaux civils. Le top 8 était connu dans le monde du murim, et uniquement dans ce monde-là. C’était un doute. Néanmoins, ce doute fut suffisant pour que Rose prévoit des contre-mesures.


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