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La pluie tropicale de la Martinique déferlait par vague, et l’eau ruisselait avec fracas sur la maison d’Élise. Élise qui tenait un calepin et un stylo, assise devant sa table à manger. Elle semblait concentrée, tellement que son en-cas, un gâteau qui se tenait juste devant elle, avait été à peine entamé. Enfin, à peine. Le morceau manquant se trouvait sur la fourchette posée sur l’assiette, et était la cible du chat d’Élise, qui se rapprochait doucement de lui afin de le dérober incognito.

Élise se redressa d’un coup, avant de laisser la nourriture sans surveillance. Elle posa arracha une feuille en papier de son calepin avant d’en faire une boule et de le jeter à la poubelle. Elle insulta ensuite une dénommée « Persia » tout en s’habillant pour sortir. Enfin, bien qu’ayant vu la bouche remplie de gâteau du chat, elle ne le remarqua pas vraiment, trop absorbée par autre chose. 

Elle claqua la porte de sa maison, et ses sourcils froncés indiquaient que, quoique que Persia ait fait, elle allait le regretter.

Il n’y avait pas vraiment de trottoir dans cette partie de la cambrousse Martiniquaise, en grosse partie parce que la terre argileuse ne le permettait pas. Élise avait enfilé des bottes en caoutchouc pour aller à la station de bus. On était en hiver, donc Élise était habillée un peu plus chaudement qu’en été, mais elle n’en n’était pas au stade où la tenue de ski était indispensable.

Un soldat attendait à la station. Enfin, Élise supposait que c’était un soldat à cause de son uniforme.

Il n’y avait pas de banc, simplement un panneau malmené par le vent et la pluie, qui semblait vouloir s’arracher d’une minute à l’autre. Élise observa le jeune homme. Il semblait bien maigrelet, et fatigué. Il devrait manger et dormir plus, pensa Élise. Ce fut tout ce qu’elle put tirer de son observation, la pluie et le vent brouillant sa vue.

Elle ne pensait pas qu’il revenait d’une guerre, car les guerres actuelles n’incluaient pas l’armée française. Dans tous les cas, le bus arriva, et les deux personnes entrèrent.

Après s’être installée, Élise commença à se relaxer. Le trajet allait être long. Persia habitait assez loin, visiblement.

Elle ferma les yeux, et ce fut une erreur, car elle s’endormit presque aussitôt.

Quand elle se réveilla, elle pesta contre elle-même. Elle vit qu’il faisait nuit, et elle était toujours dans ce maudit bus. Mais la vue du soldat, situé au premier rang, lui fit hausser un sourcil.

Avant qu’elle ne puisse se poser des questions, le bus s’arrêta et indiqua le terminus. Élise s’empressa de sortir, suivi du soldat. Elle était furieuse, car son arrêt se trouvait quelques stations avant. Elle avait dû tourner en rond depuis pas mal de temps.

Une fois sortie cependant, elle s’arrêta net en observant le décor.

« Mais qu’est-ce que… », murmura Élise.

Le militaire passa devant elle sans vraiment la regarder. Il courut vers un homme avant de lui offrir un baiser langoureux.

« Tu vois, je te l’avais bien dit ! » s’exclama Persia d’un air triomphant.

Elles étaient dans son salon, quelques heures après l’incident.

« Ton copain était gay et en couple avec ce mec. Ne va pas me chercher des noises parce que j’avais raison ! J’allais te massacrer de toute manière ! »

Persia croisa les bras avec un sourire supérieur. Élise se ratatina sur sa chaise. Trop honteuse pour lever les yeux, elle grogna dans sa barbe :

« Désolée. »