Français
Oh mon roi, que j’ai vu s’élever, toi qui m’as abandonnée, es-tu si heureux parmi ces gens ?
Je te regarde avec cette femme, qui se tenait à tes côtés. Elle n’est pas là actuellement. Mais je ne peux m’empêcher de te voir avec elle.
Je baisse les yeux malgré moi.
« Que fais-tu ici ? » lâché-je sans le regarder.
En face de moi, tu me fixe. Tu as l’air désolé pour moi. Clairement, tu me prends en pitié. Cette pitié condescendante.
« Je suis venu te demander pardon. »
Mon cœur se met à accélérer. Je croise les bras.
« Non. »
Silence. Bien que je fixe le sol, je peux littéralement voir un sourcil se hausser.
« Je ne suis pas en état de t’entendre, ni de te pardonner. Je suis en colère, et je ne vais que te hurler dessus. Et je sais que je vais juste être plus blessée à la fin de cette conversation. »
Dans la périphérie de ma vue, je le vois croiser ses bras.
Les gardes qui l’accompagnent sont dehors. Je les connais, pour la plupart. D’anciens compagnons qui sont partis avec lui. Sans doute était-ce pour cela qu’il n’avait pas voulu que je voie leurs visages. Non. Il voulait sans doute simplement me parler en privé.
« Va-t’en maintenant. »
Dans une relation, la confiance était primordiale. Mais… je ne faisais plus confiance à qui que ce soit, maintenant. Du moins, dans cette pièce. Et de ce fait… c’était foutu.
Cela fait très bizarre d’espérer. D’être désespérée. Tu es en colère contre toi, normalement. Mais là, je suis juste triste. Je sais pertinemment qu’il n’y a rien que je puisse faire pour que le désespoir ne me ronge pas.
Je me lève avec raideur. Peut-être as-tu parlé. Peut-être pas.
Dans tous les cas, je m’en vais. Définitivement.
Le pays actuel était-il bon ? Il était dans une pagaille pas possible, sans doute. Je fus tentée de te tuer. Tu avais beau avoir accès au trône, je le pouvais.
Je quittais le salon. Tu étais intact. Je ne savais pas quand je te reverrais, et même si je l’espérais, je savais que la colère m’aveuglerait comme d’habitude.
Comme elle m’aveuglait maintenant.
Au final, je ne t’ai jamais revu. J’ai fini par passer outre. Et quand cet espion m’a demandé des informations, je le lui ai fourni. Tu étais effectivement un inconnu pour moi.
De ce fait, je pouvais enfin te planter un couteau dans le cœur sans pleurer.
J’observe les proches du roi. Le deuil les as fait vieillir en accélérer. Tellement que je ne les reconnais plus. Certains je les connaissais, d’autres non.
Ils savent tous que je l’ai trahi, mais mon statut me protège. A mon entrée, ils s’étaient donc tous agenouillés devant moi, même les gardes qui me regardaient avec haine.
On m’annonce, et je fais quelques pas. On m’ignore, mais je sais que la salle est tendue, car c’est une funéraille et le meurtrier est là.
Longtemps, j’avais renoncé au trône, car mon deuil avait éteint cette flamme. Mais à présent, j’étais redevenue celle que j’étais autrefois. Une personne dévorée par l’ambition.
A l’époque, j’étais patriote, j’avais quelques connexions dû à mon rang, mais ce n’était pas ce roi qui m’avait donné envie de m’asseoir sur le trône. Non. Cette ambition, je l’avais eu dès le début.
Je pense, somme toute, que je fus une bonne reine.